Rencontre avec un artiste : Pierre Coubeau alias FSTN

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Vendredi, 11h. Nous devons devenir des habitués du Café la Maison du peuple car c’est à nouveau là que nous rencontrons l’artiste que nous allons interviewer aujourd’hui : Pierre Coubeau alias FSTN.

L’ambiance est décontractée. Nous commandons notre café et nous installons sur la terrasse pour, chose quasi inespérée, profiter du soleil Belge.

 

Aujourd’hui nous parlerons du travail de l’artiste et de l’importance qu’a son positionnement sur le marché de l’art dans sa valorisation. Pour en illustrer les démarches quasi-quotidiennes, nous traiterons ce sujet de façon volontairement personnalisée grâce à cette rencontre avec FSTN.

 


 

(AW) Comment a débuté ta carrière d’artiste ?

(FSTN) J’ai toujours eu une affinité avec le dessin, mais devenir artiste n’était pas une évidence pour moi. J’aimais aussi beaucoup la biologie et j’aurais très bien pu choisir cette direction-là. Pourtant, j’ai finalement entrepris des études artistiques et puis les choses se sont mises en place toute seules. Enfin, quand je dis toute seule, je veux dire grâce à beaucoup de travail et un peu de chance (rires).

 

 

(AW) En quoi consiste justement ce travail de l’artiste ?

L'artiste Pierre Coubeau, FSTN.

(FSTN) On pense souvent que l’artiste consacre l’entièreté, ou presque, de son temps à la création dans son atelier. La réalité est pourtant fort différente.

L’artiste est un entrepreneur. Il doit à tout moment gérer sa production artistique, oui, mais aussi sa chaine de production et son positionnement sur le marché de l’art. Ce n’est donc pas un métier isolé, c’est un travail très complet qui s’inscrit dans un système préexistant.

 

Du côté chaine de production il lui est nécessaire de définir avec quels corps de métier il va travailler et de gérer ses coûts ainsi que les matériaux qu’il utilisera. Encadreurs, fournisseurs de matières premières, fondeurs, et encore beaucoup d’autres ont un rôle important à jouer dans le travail de l’artiste.

Quant au positionnement, il va de pair avec le choix des de ses intermédiaires ainsi que du message que l’artiste fera transparaitre au travers de ses différents canaux de communication. 

Enfin, l’œuvre de l’artiste, sa production artistique en tant que telle, est évidement au centre de ce schéma. Il devra s’assurer qu’elle soit cohérente, car c’est elle qui donne son sens aux autres aspects de son travail.

 

 

 

Triptych #17, une satyre des divers travers de la société.

 

(AW) La communication de l’artiste est donc clé dans son positionnement ?

 

(FSTN) La communication est essentielle c’est vrai, mais c’est pour la réputation de l’artiste qu’elle est importante. Il ne faut pas oublier que l’artiste est une personnalité publique, qui doit donc avoir un comportement cohérent avec cela.

Ce comportement passe tout d’abord par la cohérence dans les pièces qu’il produit. Il arrive d’ailleurs parfois que certaines d’entre elles ne soient pas montrées par manque d’alignement avec les autres. Au niveau visuel ou au niveau du message.

 

Le message communiqué par l’artiste au travers de ses créations doit être clair, concis et compréhensible. Il faut aider les gens à comprendre. L’artiste doit être capable de parler de son art et de se vendre. Il doit aussi créer et promouvoir sa vision avec certitude.

Dans mon travail par exemple, il n’y a pas d’artifices, je vais droit au but. D’une certaine façon, soit tu réponds aux attentes, soit tu bouscules les attentes. C’est un jeu de séduction continu.

Ensuite, il y a la communication à proprement parler. Celle qui est faite par l’artiste lui-même vers son audience sur les réseaux sociaux par exemple, ainsi que vers les intermédiaires, qu’il se doit de choisir de façon stricte (NDLR : galeries, presse, …). Les intermédiaires prennent alors le relai de la communication et permettent de faire valoriser le travail de l’artiste.

 

La façon dont on parle de toi est évidemment très importante aussi.

 

Enfin, il est nécessaire de tenir compte de la somme de tous ses contacts avec le monde qui l’entoure qui forme la cote de l’artiste. Elle a un rôle important en tant que signal sur le marché.

 

 

 

(AW) Qu’elle est l’importance de la cote de l’artiste et comment se forme-t-elle ?

Triptych 12, autre tirage limité de la série Triptych.

(FSTN) Voilà quelque chose qui ne s’apprend pas à l’école (rires).

Pour reprendre l’image de l’entrepreneur, on pourrait dire que la cote de l’artiste mesure la reconnaissance de la marque de l’artiste.

Le fait qu’un artiste ait une cote est un indicateur qu’il a fait son entrée sur le circuit classique du marché de l’art. D’une certaine façon, cela peut être vu comme une mesure globale de sa reconnaissance sur ce marché. La cote de l’artiste est liée à la valeur d’échange de sa production artistique ; des œuvres qu’il crée.

 

De mon expérience, la cote est composée de plusieurs éléments.

  1. A la source, se situe la production – qualitative et quantitative – de l’artiste. 
  2. Vient ensuite la représentation faite par les galeries qui exposent l’artiste. Les galeries font profiter à leur réseau l’artiste qu’elles ont découvert. En contrepartie, elles permettent de contextualiser l’artiste et son travail au sein du marché, de ses tendances et mouvements. Elles y intègrent l’artiste et son travail artistique. Actuellement, on constate par exemple  un retour au dessin.
  1. La réputation de l’artiste prime aussi comme élément clé dans la détermination de sa cote. Il s’agit ici de la valeur nette de ses communications directes et indirectes. En somme, ce qui se dit sur l’artiste ; la façon dont on parle de lui. On en revient là à l’importance de la communication. 
  2. Pour terminer, d’autres facteurs tels que l’âge de l’artiste, ses origines artistiques, ses directions futures possibles entrent aussi en jeu.

 

Le marché de l’art, en tant que monde inexact et humain, évolue selon une logique qui peut sembler complexe, voire parfois cruelle. Tout en étant un monde dans lequel les grandes lignes de conduite sont fixées, celui-ci est pourtant marqué par une logique d’appréciation du travail artistique qui est incessamment changeante.

 

 

 

(AW) Il y a-t-il un fil conducteur auquel se raccrocher en tant qu’artiste ?

(FSTN) Selon moi, l’artiste a pour meilleure stratégie de se focaliser sur la qualité de son travail créatif et du message qui y est associé. Une chose très importante aussi est l’utilisation de matériaux qui permettront la pérennité de ses œuvres, des matériaux durables dans le temps. Par après il faut évidemment tenir compte du contexte pour y intégrer ce travail, en choisissant le mieux possible ses canaux de communication afin de le valoriser.

 

C’est une approche difficile, car cela implique de pouvoir gérer son propre égo. On a tendance à s’identifier beaucoup dans son travail, cependant il faut absolument pouvoir faire la différence entre ce que tu es et ce que tu fais. Il ne faut pas s’y prendre trop au sérieux, et surtout, il faut garder l’envie… parce que sans envie, il n’y a pas de talent.

 

 




 

Pierre Coubeau, de son nom d’artiste FTSN, vous présente une partie de son travail sur Artwing.

Découvrez sa série Triptych sur la galerie en ligne : https://artwing.be/user/pierre.fstn/  ou visitez son tout nouveau site : www.pierrecoubeau.com .

 

 

Proche des milieux artistiques musicaux, il collabore à diverses initiatives culturelles à Bruxelles : organisation de soirées et de festivals ; production/promotion d'albums avec le collectif Boya Entertainment ; interventions sur les ondes de Radio Panik.

C'est dans cet environnement que FSTN prend racine, remplit ses nombreux carnets et donne corps à son projet.

En 2012 l'artiste fait connaitre ses dessins en effectuant une série de collages, disséminés dans les rues bruxelloises. Son dessin exclusivement au stylo-bille articule un monde torturé et fou où les hachoirs, le sang, les chiens et la cocaïne se mélangent dans un balai typographique improvisé. Avec ses caricatures drôles et horrifiantes à la fois, FSTN pose un regard froid sur notre société et ce qu’elle engendre de pire.

Depuis sa collaboration avec Macadam Gallery en 2015, le dessinateur aiguise sa technique et continue à faire vivre cet univers mélancolique noir/blanc/rouge, où l'amour du trait est roi et le politiquement correct son bouffon.

Anthony H